Impact des OGM sur la santé animale : le debat n’est toujours pas tranché

Le Monde

 Une autre méta-analyse aboutissait à une conclusion opposée à celle de l’équipe d’Agnès Ricroch es amateurs de suspense peuvent vent se rassurer: le feuilleton opposant partisans et adversaires des organismes génétiquement modifiés (OGM) n’est pas près de s’achever. Le dernier épisode en date tient à l’annonce, mardi 13décembre, de la publication pro-chaine, dans la revue scientifique Food and Chemical Toxicology, d’une étude menée par une équipe francaise dirigée par la généticienne Agnès Ricroch, de l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement (AgroParisTech).

Cette méta-analyse, qui se fonde sur 24 études menées notamment aux Etats-Unis, au Brésil, au Japon ou en Norvège, conclut à l’absence de conséquences sanitaires, chez les animaux, d’une alimentation à base de mais, riz, soja ou pommes de terre transgéniques. "Maintenant le débat stir les OGM, d’un point de vue sanitaire, est dos ", estime Agnès Ricroch. Ce n’est peut-étre pas aussi simple que cela.

Selon Marc Lavielle, statisticien à l’Institut national de recherche en informatique et en automa-tique (Inria) et membre du conseil scientifique du Haut Conseil aux biotechnologies (HCB), cette étude serait "biaisée" et "extrémement orientée"."Ce qui est terriblementgénant, c’est quelle conclut à l’absence de différence [entre animaux ayant consommé des OGM et animaux n’en ayant pas consommé] stir la base d’une méthodologie ne correspondant pas aux lignes directrices publiées aussi bien par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation [ANSES] que par l’Autorité européenne de sécurité des aliments [EFSA]", estime-t-il.

"Les études passées en revue démon trent que les plantes transgéniques sont nutritionnellement équivalentes à leurs contreparties non transgéniques et peuvent étre utilisées en toute sécurité ", conclut l’étude, dont les auteurs estiment qu’il n’est donc pas nécessaire de procéderà des essais sur des durées supérieures à quatre-vingt-dix jours avant d’autoriser de nouvelles variétés d’aliments transgéniques destinées aux animaux.

Its reconnaissent cependant avoir repéré des différences entre animaux nourris ou non aux OGM. "Mais quand ils trouvent des differences, ils considèrent soit que la comparaison n’est pas valable, soit que la difference n’est pas biologi-quement significative, note Marc Lavielle. En revanche, ils tiennent compte sans la critiquer d’une étude portantsurdesgroupesde trois animaux, un échantillon bien trop fai-ble pour pennettre de conclure quoi quecesoit" La passion qui sous-tend le débat sur les OGM en Europe, et en France en particulier, ne s’arréte pas, loin s’en faut, aux portes du monde scientifique.

Une autre méta-analyse, fondée sur 19 études internationales et publiée en mars dans la revue Environmental Sciences Europe, sous la direction du biologiste Gilles-Eric Seralini, aboutissait ainsi à une conclusion diamétralement opposée à celle de l’équipe d’Agnès Ricroch. Président du comité scientifique du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), Gilles-Eric Sera-lini défend le principe de tests à long terme qui permettraient de détecter une toxicité chronique des OGM. "Notre étude a montré que 9% des animaux ayant été nourris avecdes aliments transgéniques présentent des effets secondaires: des troubles du métabolisme qui se concentrent à 43% stir les reins et 28 % stir le foie", résume-t-il. Les travaux de Gilles-Eric Serali-ni sont également critiqués par une partie importante de la communauté scientifique.

L’ANSES s’est d’ailleurs autosaisie, cet été, de l’étude publiée en mars par le biologiste. Selon un scientifique ayant partici-pé à l’expertise, l’avis attendu dans les mois à venir devrait se montrer très sévère pour la méthodologie utilisée pour réaliser cette étude. "D’un cóte vows avez des scienti-fiques, pas forcément de très haut niveau, qui trouvent un terrain hypermédiatisé et occupent le créneau, de l’autre des experts convaincus que la science va noes sauver et qui parten t en croisade pour defendre les biotechnologies au mépris de toute rigueur", se désole Marc Lavielle. Pas de doute: le débat est entre de bonnes mains.

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